L’équipe Alpine Endurance a avoué avoir des « sentiments mitigés » au lendemain des 6 Heures de Fuji du week-end dernier (25-27 septembre). Elle a en effet dominé la majeure partie de cette sixième manche du Championnat du Monde d’Endurance de la FIA 2026, avant de louper la victoire pour une demi-seconde à peine.
Sur les lieux de sa première victoire il y a 12 mois, l’Alpine A424 s’est une nouvelle fois montrée redoutable au Japon, quelles que soient les conditions. Victor Martins, le rookie vedette de la série, a signé le meilleur temps dans la catégorie reine Hypercar, tant lors des Essais Libres 2 sur piste sèche vendredi après-midi que lors de la séance suivante, le lendemain matin sur piste mouillée.
Les qualifications ayant ensuite été annulées en raison de la détérioration des conditions météo, la grille de départ a été établie en fonction du meilleur tour réalisé par chaque voiture lors des trois séances d’essais libres, plaçant l’Alpine n°36 de Martins et Jules Gounon en pole position, la première pour l’A424 en WEC, tandis que la voiture jumelle n°35 de Charles Milesi et Ferdinand Habsburg s’alignait à ses côtés pour compléter une impressionnante première ligne inédite.
Pour le départ de la course, Gounon et Habsburg ont pris le volant pour le premier relais en pneus slicks sur un circuit légèrement humide. Le duo a progressivement distancé le peloton et s’est échangé la tête lors des cycles d’arrêts aux stands.
Une succession de neutralisations a sans cesse regroupé le peloton dans leur sillage et effacé l’avantage que s’étaient bâtis les Alpine, mais à chaque fois, les prototypes bleus ont réussi à réaffirmer leur suprématie devant une foule enthousiaste de 72 326 spectateurs massés au pied du mont Fuji.

Martins a perdu un peu de temps sur sortie de piste au premier virage avec des pneus froids et Habsburg a légèrement frôlé Nyck de Vries (Toyota), mais la n°36 conservait néanmoins le cap devant la n°35, avec une confortable avance sur leurs poursuivants, jusqu’à ce qu’une intervention de la voiture de sécurité, provoquée par un accident en LMGT3 à un peu moins d’une heure de la fin, ne vienne complètement boulevverser la course.
Alors que tout le peloton s’engouffrait dans les stands pour un dernier ravitaillement, Alpine s’est fait dépasser à la fois par la Toyota n°8, jouant à domicile qui avait tenté le tout pour le tout en choisissant de ne pas changer de pneus et en misant sur un réservoir à moitié vide, et par la BMW n°15. La n°35 a ainsi repris la course en troisième position, tandis que la n°36 a chuté de la première à la cinquième place.
Après une longue interruption pour permettre la réparation des barrières, la course a repris son cours, mais il ne restait plus que 20 minutes au chronomètre, et Martins s’est retrouvé coincé dans le peloton, prisonnier du trafic.
Avec un jeu complet de pneus Michelin neufs sur son A424 et conscient qu’il n’avait pas de temps à perdre, le jeune Français est immédiatement passé à l’attaque, dépassant rapidement Marco Sørensen (Aston Martin) pour prendre la quatrième place avant que Milesi ne laisse stratégiquement passer son équipier en troisième position.
Dries Vanthoor s’est avéré plus coriace en deuxième position, mais la pression incessante de Martins a fini par payer lorsque le Belge est parti en large dans le virage n°6, permettant au pilote hexagonal de se lancer à la poursuite de Ryō Hirakawa, en tête. Il a finalement franchi le drapeau à damier avec seulement 0,591 seconde de retard sur la Toyota, tandis que Milesi a terminé quatrième, à seulement 1,284 seconde du podium.

Ce meilleur résultat commun de l’ère A424 s’ajoute aux troisième et cinquième places qu’Alpine avait décrochées trois semaines plus tôt au COTA. Il a également permis au constructeur français de dépasser Cadillac et de se hisser à la quatrième place du classement du Championnat du monde des constructeurs, à moins de 20 points de Ferrari, troisième, alors qu’il reste encore deux manches à disputer, à commencer par celle de Barcelone du 16 au 18 octobre.
« Une deuxième place et un podium, c’est un super résultat après une course incroyable », a commenté Martins. « À 50 minutes de la fin, on était premier et deuxième, ce qui montre à quel point l’équipe a bien géré tout le côté opérationnel, mais la dernière sortie de la voiture de sécurité ne nous a pas été favorable et j’ai dû me battre pour remonter après notre dernier arrêt. Malgré tout, l’A424 a été extrêmement rapide tout au long du week-end et même si la victoire semblait à portée de main, on peut être fiers de notre performance. »
« On a des sentiments mitigés », a renchéri Gounon. « On a mené pendant la majeure partie de la course, mais le dernier arrêt au stand a nécessité un choix difficile qui a finalement changé la donne. Néanmoins, une deuxième et une quatrième place, c’est un super résultat pour l’équipe. Après avoir roulé en tête pendant si longtemps, on voulait vraiment la victoire, donc la rater, c’est frustrant, mais c’est la course, et je tiens à remercier toute l’équipe pour l’énorme travail de chacun.»

Milesi, vainqueur à Fuji l’année dernière, partageait les sentiments mitigés de ses coéquipiers, tout en retenant les points positifs d’une nouvelle épreuve qui a mis en évidence la forme de plus en plus compétitive de l’A424.
« C’était un super résultat, mais on était un peu déçus de rater le doublé après avoir occupé ces positions pendant plus de cinq heures », a-t-il regretté. « Toute l’équipe a fait un super boulot tout au long de la semaine, et tout le monde peut être fier. On a atteint notre objectif de devancer Cadillac au classement, et maintenant on veut maintenir ce niveau de performance lors des deux dernières courses. »
« C’est un signe de plus qu’on est au niveau qu’on attend de nous », a ajouté Philippe Sinault, le directeur de l’équipe Alpine. « Bien sûr, y a un peu de déception parce qu’on a occupé les deux premières places pendant près de 80 % de la course, mais la dernière voiture de sécurité a compromis notre stratégie. Victor a effectué un travail formidable pour remonter et se battre pour la victoire, mais ça n’a pas tout à fait suffi. Après avoir été déçus par nos troisième et cinquième places à Austin, le fait de ressentir la même chose face à nos deuxième et quatrième places à Fuji sont autant de signes positifs. On est vraiment sur une bonne lancée et on sera prêts à se battre à nouveau à Barcelone ! »
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