Sébastien Buemi a admis que la troisième victoire de Toyota cette saison, remportée le week-end dernier aux 6 Heures de Fuji (25-27 septembre), était « totalement inattendue » et, surtout, le fruit d’un pari audacieux de dernière minute, ayant offert à l’équipage de la n°8 une victoire à domicile, dans une course où le constructeur ne semblait pourtant même pas en mesure de monter sur le podium.
Que le pilote le plus titré de l’histoire du Championnat du Monde d’Endurance de la FIA qualifie cette victoire de « l’une de nos meilleures depuis longtemps » en dit long sur l’ampleur de l’exploit. Et pour y parvenir devant 72 326 spectateurs présents sur le circuit, Toyota a dû surmonter la pression à chaque instant. La pression de ne pas avoir gagné sur ce circuit dont elle est propriétaire depuis 2023 ; la pression liée au fait que chacune des prédécesseurs de la TR010 Hybrid avait remporté sa première course au Fuji Speedway ; et la pression, littéralement à chaque virage, pour Ryō Hirakawa dans les derniers tours, qui a dû repousser les assauts d’un Victor Martins déchaîné, équipé de pneus nettement plus frais.
Mais revenons d’abord au départ. La Toyota n°8, pilotée à tour de rôle par Hirakawa, Buemi et Brendon Hartley, a pris le départ de cette course de six heures depuis la huitième place sur la grille dans la catégorie reine Hypercar du FIA WEC. La star suisse a rapidement progressé pour se hisser à la sixième place, et le Néo-Zélandais a su maintenir cette dynamique positive pour grimper à la quatrième place, mais le podium semblait encore bien loin, surtout quand Hartley a été fait tourner par Harry Tincknell (Aston Martin) dans le premier virage, peu après le début de la cinquième heure.
La voiture de sécurité intervenue en fin de course, suite à la collision entre les pilotes LMGT3 Mattia Drudi et Finn Gehrsitz, a toutefois offert une opportunité à Toyota – et la marque la plus titrée du championnat l’a saisie à pleines mains.
Alors que tout le peloton s’engouffrait dans les stands, la décision de ne faire le plein que partiellement pour la voiture n°8 et de ne changer aucun de ses pneus a propulsé le héros local Hirakawa de la sixième à la première place. Comme les réparations de la barrière prenaient un certain temps, quand la course a enfin repris, il restait 20 minutes au chronomètre – 20 minutes pour essayer de tenir bon.

Avec des pneus Michelin neufs, Martins (Alpine), qui était rapidement passé de la cinquième à la deuxième place, s’est lancé sans relâche à la poursuite de sa proie, feintant d’un côté puis de l’autre pour tenter de le dépasser, mais Hirakawa a réalisé l’une des meilleures performances de sa carrière en tenant bon avec détermination.
Malgré l’arrivée de la pluie qui compliquait encore sa tâche, le double champion du monde a franchi la ligne d’arrivée avec moins de six dixièmes de seconde d’avance pour sceller la deuxième victoire de la saison de l’équipage n° 8 après celle d’Imola en avril, replaçant ainsi le trio en tête du classement des pilotes alors qu’il ne reste plus que deux manches.
« C’est l’une de nos plus belles victoires depuis longtemps », a déclaré Buemi. « Je suis vraiment fier de celle-là, surtout parce qu’elle était complètement inattendue. Ces derniers temps, les courses semblent se jouer sur des décisions cruciales, et l’équipe a pris une excellente décision lors du dernier arrêt au stand. On avait prévu que la réparation de la glissière de sécurité prendrait du temps, alors on a fait le plein un peu moins et on a dépassé tout le monde dans les stands, c’était un coup stratégique incroyable. Avec la quantité de carburant qu’on a mise, si la course avait repris tout de suite, on n’aurait pas tenu jusqu’à la fin (NdlR. : sans repasser aux stands) et même après avoir pris la tête, Ryō devait encore rester en tête, mais il n’a commis aucune erreur dans ces conditions difficiles. »
« On n’avait clairement pas le rythme. On était juste la huitième voiture la plus rapide en piste, mais on a réussi à gagner grâce à la stratégie, ce qui est un exploit énorme. On ne pouvait pas rêver mieux ! »

« Quelle course incroyable ! », s’est exclamé Hartley. « Félicitations à toute l’équipe, et j’étais tellement content pour Ryō qu’il ait franchi la ligne d’arrivée en tête lors de sa course à domicile. On a reçu un soutien incroyable tout au long du week-end, et c’est un sentiment génial dont on va profiter pendant un bon moment. On n’avait pas le rythme absolu, mais dans l’ensemble, on a fait une course sans faute : grâce à une bonne exécution, aucune erreur en piste et un choix stratégique incroyable à la fin, on est repartis avec la victoire. On a manqué de chance à plusieurs reprises cette année, mais cette fois-ci, on a tout réussi et on a déjoué le reste du peloton. Maintenant, il faut qu’on garde cette confiance pour les deux dernières courses et qu’on essaie de conserver notre avance au championnat. »
L’équipage n° 8 a supplanté la Toyota jumelle n°7 en tête du classement, après que les vainqueurs des 24 Heures du Mans, Mike Conway, Nyck de Vries et Kamui Kobayashi, aient connu plusieurs contretemps. Le Néerlandais a crevé dès le début de course, puis a fait un tête-à-queue après un contact avec Ferdinand Habsburg alors qu’ils se disputaient la tête, la star japonaise écopant ensuite d’une pénalité de passage par les stands pour excès de vitesse sous drapeau jaune général.
Le trio a finalement réussi à remonter à la huitième place pour rester dans la course au titre de champion du monde, à dix points de leurs coéquipiers au classement des pilotes, tandis que Toyota a creusé son avance sur BMW au classement des constructeurs, passant de neuf à 23 points.
« Pour notre voiture, ça a été un peu difficile et on n’a pas fait une course assez propre », a reconnu Kobayashi, qui est aussi directeur de l’écurie TOYOTA RACING. « On était globalement un peu en retrait, donc on a toujours dû courir après les autres et ça a marqué notre journée, mais bravo à toute l’équipe pour cette victoire, et surtout à l’équipage de la n° 8 qui a fait une super course. Gagner à Fuji, c’est super important pour nous. Tout le monde a travaillé très dur pour ça, et on s’est tous battus jusqu’au bout. »
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