Pour huit pilotes, la première manche du Championnat du Monde d'Endurance FIA (WEC) ne constituera que la moitié de leur week-end de course, car ils vont tenter en deux jours le doublé des 6 Heures (WEC) et des 4 Heures (European Le Mans Series) de Silverstone.
Les contraintes de ce qu'on appelle en argot anglophone du sport automobile le "double duty" sont nombreuses, et vont bien au-delà de l'effort physique : être à la bonne place au bon moment avec la bonne définition technique peut être aussi un défi en soi.
"Ce n'est pas une situation facile, ce n'est pas comme si on arrivait juste du fond du paddock," indique Darren Turner qui, outre son statut de pilote Aston Martin Racing, court également la course de 4 Heures avec l'équipe Beechdean AMR. "L'équipe a bien géré mon emploi du temps, nous avons organisé le transport afin que je puisse faire en dix minutes l'aller-retour entre les deux paddocks avec une voiturette de golf.
"Le fait qu'il s'agisse d'une Aston Martin m'aide beaucoup. Même si les caractéristiques de la nouvelle voiture sont différentes, tout comme l'environnement du cockpit, je connais suffisamment les voitures pour pouvoir passer de l'une à l'autre sans trop de souci."
Nicolas Lapierre et Harry Tincknell seront au coeur de la bataille pour la victoire lors des 4 Heures de Silverstone, respectivement avec l'Oreca 05-Nissan de Dragonspeed et la Gibson 015S-Nissan de G-Drive Racing. Mais on s'attend plutôt à retrouver le premier devant le second lors des 6 Heures de course du dimanche.
Lapierre rejoindra Signatech Alpine, qui aligne en WEC une Oreca 05 quasi identique (et rebaptisée Alpine A460). Tincknell prendra quant à lui le volant de la Ford GT n°67, qui a peu en commun avec le prototype Gibson LMP2 à cockpit ouvert.
"La concentration doit changer assez rapidement, car en ELMS on roule droit devant soi, alors qu'avec la Ford GT il faut regarder derrière soi, car les LMP1 vous dépassent très vite," précise Harry Tincknell. "On n'a pas le temps de s'adapter, il faut juste faire avec. On n'a pas d'autre choix que d'agir à l'instinct. Mais c'est ce qu'il faut faire quand on est un professionnel."

Si les différences entre les deux Porsche 911 RSR que le lauréat de la Coupe du Monde d'Endurance FIA des Pilotes GT 2015 Richard Lietz va piloter ce week-end ne sont pas aussi extrêmes, elles n'en sont pas moins prononcées. Les pneus Dunlop utilisés en European Le Mans Series (ELMS) ne fonctionnent pas de la même manière que les Michelin montés sur la voiture qu'il pilote en WEC. Ce qui nécessitera des réglages et un style de pilotage différents pour en tirer le meilleur au fil d'un relais. Mais la principale inquiétude du pilote autrichien concerne un aspect bien moins technique.
"C'est assez drôle, car en ELMS les stands se trouvent au niveau de l'ancienne ligne de départ, tandis que la cellule de chronométrage est à la hauteur de la nouvelle," précise-t-il. "Ma plus grande crainte est donc de me retrouver dans le mauvais stand en course, alors j'ai demandé aux ingénieurs de me dire systématiquement dans quel paddock je dois rentrer !"
Pilotes disputant les deux courses du week-end à Silverstone (ELMS/WEC)
Nicolas Lapierre : Dragonspeed/Signatech Alpine (LMP2)
Harry Tincknell : JOTA Sport (LMP2)/Ford Chip Ganassi Team UK (LMGTE Pro)
Rui Aguas : AF Corse (GTE/LMGTE Am)
Wolf Henzler : Proton Competition (GTE)/KCMG (LMGTE Am)
Richard Lietz : Proton Competition (GTE)/Dempsey-Proton Racing (LMGTE Pro)
Christian Ried : Proton Competition (GTE)/KCMG (LMGTE Am)
Richie Stanaway : Aston Martin Racing (GTE & LMGTE Pro)
Darren Turner : Beechdean AMR (GTE)/Aston Martin Racing