BMW a quitté le nord-ouest de la France avec des sentiments mitigés au lendemain, de la 94e édition des 24 Heures du Mans au début du mois : frustrée d’être passée à deux doigts d’une deuxième victoire au classement général de l’épreuve, mais fière, à juste titre, des progrès réalisés dans la catégorie reine Hypercar du Championnat du Monde d’Endurance de la FIA.
L’équipe BMW M Team WRT a débraqué dans la Sarthe en tête des classements du championnat du monde des constructeurs et des pilotes, grâce au triomphe décisif du V8 M Hybrid amélioré et à son doublé lors de la deuxième manche de la saison 2026 du FIA WEC, disputée à domicile à Spa-Francorchamps.
Dès le départ, l’écurie basée en Belgique s’est à nouveau montrée au niveau, Dries Vanthoor héritant de la pole position pour cette légendaire course de 24 heures après une pénalité infligée à la Cadillac n°12 à l’issue de l’Hyperpole. Celle-ci avait initialement dominé la séance avec un maigre avantage de cinq millièmes de seconde sur le circuit long de 13,626 km. Confirmant la bonne forme de BMW, Robin Frijns a décroché la quatrième place sur la grille de départ au volant de la M Hybrid V8 jumelle.
Pour la voiture en pole, la course a rapidement déraillé : elle a concédé du terrain avant qu’une collision avec un concurrent de la catégorie LMP2, alors que la course approchait de la sixième heure, ne lui cause d’importants dégâts à l’arrière droit, lui faisant perdre cinq tours. La voiture n°15 a finalement dû abandonner dimanche matin à cause d’un problème électrique, mais pendant tout ce temps, la BMW n°20 restait bien dans le coup.

En effet, devant plus de 350 000 spectateurs massés en bord de la piste (une affluence record au Mans), un départ fougueux de René Rast a permis à l’Allemand de prendre d’emblée l’initiative dès le premier tour et de creuser rapidement l’écart sur le peloton.
Sous un temps idéal, la M Hybrid V8 aux couleurs de Shell, arborant un look spécial pour l’occasion, est ensuite restée en lice pour la victoire tout au long de ce qui allait s’avérer être un sprint de 24 heures, engagée dans une bataille passionnante à cinq pour la première place avec ses rivaux de Toyota et Cadillac, alors que la tête de course changeait de mains à plusieurs reprises et que l’avantage basculait sans cesse d’un côté puis de l’autre.
Pour Rast, Frijns et Sheldon van der Linde, le moment décisif est survenu à six heures de l’arrivée, quand l’intervention de la voiture de sécurité a réduit à néant leur avantage chèrement acquis. Bien qu’ils soient passés de la première à la quatrième place lors de la série d’arrêts aux stands qui a suivi, le trio a refusé de s’avouer vaincu et un dépassement audacieux et spectaculaire de Frijns sur la Toyota de Sébastien Buemi, alors que les deux pilotes se faufilaient dans le trafic dans les virages Porsche durant la dernière heure, a permis à la BMW de reprendre la deuxième place.
Par la suite, le Néerlandais a continué à assurer le spectacle en réduisant de plus de moitié son écart sur Kamui Kobayashi, passant de 23,3 secondes à seulement 10,9 secondes sous le drapeau à damiers, entretenant ainsi le suspense jusqu’à la toute fin. Ce résultat marque le retour de BMW M Motorsport sur le podium général de la course d’endurance la plus prestigieuse au monde, pour la première fois depuis la victoire historique de la BMW V12 LMR en 1999.

« Quel résultat magnifique et historique ! », a commenté Andreas Roos, directeur de BMW M Motorsport. « C’est un exploit gigantesque de la part de tout le monde. On a travaillé pendant des années pour renouer avec le succès au Mans, et on en récolte aujourd’hui les fruits. Ça a été un véritable tour de montagnes russes et une course incroyablement passionnante. On peut être très fiers. »
Des sentiments partagés par le directeur de l’équipe, Vincent Vosse, l’homme dont l’écurie WRT a mené les efforts de la marque bavaroise en catégorie Hypercar depuis que BMW a rejoint le championnat FIA WEC il y a un peu plus de deux ans.
« C’était l’une des meilleures courses qu’on ait jamais réussi avec la M Hybrid V8 », a fait remarquer le Belge. « Tout s’est déroulé sans le moindre accroc : pas de pénalités, pas de mauvais arrêts au stand, rien. Félicitations à tout le monde dans mon équipe et chez BMW M Motorsport ! Ils ont tout donné, et même si ça n’a malheureusement pas tout à fait suffi cette fois-ci, je ne suis pas du tout déçu qu’on n’ait pas gagné. On forme une seule et même équipe, on progresse et on méritait ce podium. »
Pour les pilotes, c’était un sentiment de satisfaction un peu amer face à ce qu’ils avaient accompli, teinté d’un regret tenace de ce qui aurait pu être, après être passés si près du but et pourtant, au final, si loin…
« La deuxième place au Mans, c’est fantastique, mais voir la victoire si proche, ça fait quand même un peu mal », a déclaré Frijns. « La dernière voiture de sécurité a remis les Toyota, qui avaient eu des problèmes juste avant, dans la course. Ça a été dur pour nous, car elles avaient un peu plus de rythme que nous. On a mené pendant de longues portions de la course, mais au final, la deuxième place était le maximum qu’on pouvait espérer après ça. »

« Au début, je ne savais pas trop si je devais rire ou pleurer », a renchéri van der Linde. « Quand tu termines à seulement dix secondes du vainqueur après 24 heures, ce n’est pas facile à accepter au premier abord. Je l’avais imaginé, j’en avais rêvé, et tout s’est déroulé exactement comme prévu, sans la moindre égratignure sur la voiture ; alors bien sûr, je suis déçu qu’on ait laissé passer une énorme opportunité. Mais j’ai aussi quitté Le Mans avec un sentiment que je n’ai pas toujours eu : l’appréciation du parcours. Pendant longtemps, je mesurais tout à l’aune des résultats. Ces derniers temps, j’ai appris à apprécier la progression, les gens qui partagent ce chemin avec moi et la chance de concourir au plus haut niveau. Si on regarde ces deux dernières années et qu’on voit les énormes progrès qu’on a réalisés, on peut être très fiers. L’équipe a tout donné pour nous mettre dans cette position, et BMW et WRT nous ont fourni une véritable fusée. Bien sûr, on ne sait jamais si on aura une autre chance de gagner Le Mans, mais on va certainement retenter notre chance… »
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