Le Directeur technique de Toyota Racing revient sur l’extraordinaire saison du constructeur japonais, de retour au sommet de la discipline, avant les 6 Heures de Monza (6-8 novembre), manche finale du Championnat du Monde d’Endurance de la FIA (FIA WEC).
Les 24 Heures du Mans, sa manche à domicile des 6 Heures de Fuji, le titre Constructeurs et les deux premières places au classement des Pilotes Hypercar : pour David Floury, Toyota Racing a “fait carton plein” cette saison en FIA WEC. “Je suis très heureux pour toute l’équipe, parce que tout le monde a travaillé dur pour être dans cette position cette année”, glisse le Directeur technique de l’équipe, en exclusivité pour fiawec.com. ”Après une saison 2025 un peu plus compliquée, on a su rebondir.”
Bien qu’une deuxième place au classement Constructeurs restait un résultat honorable au vu de la compétitivité de la catégorie Hypercar, Toyota avait globalement déçu l’an passé. Avant son doublé aux Bapco Energies 8 Heures de Bahreïn, l’ultime course de la saison 2025, la firme d’Aichi avait échoué à monter sur le moindre podium.
Pour retrouver les sommets de la hiérarchie et une régularité plus conforme à son statut, Toyota sortait un as de sa manche : la TR010 HYBRID. Le nouveau bras armé des ambitions du constructeur japonais devait incarner une évolution esthétique autant qu’une progression sportive. “Il était important pour la marque d'avoir cette évolution de l’Hypercar avec un style différent, plus en ligne avec ses tendances stylistiques”, souligne David Floury. “L'objectif était aussi de rendre la voiture plus exploitable, plus facile à utiliser pour les pilotes, plus facile à régler pour les ingénieurs et plus constante dans toutes les conditions.”
De quoi aborder la saison 2026 avec confiance ? Ce serait mal connaître l’ingénieur français, qui garde à l’esprit comme une cicatrice l’abandon cruel de la Toyota TS050 Hybrid n°5 de tête aux 24 Heures du Mans 2016, à quatre minutes du drapeau à damier. “Je me crois rarement arrivé avant la ligne d'arrivée, et je ne suis pas quelqu'un de forcément très confiant. L'excès de confiance te conduit souvent à l'erreur.”

La manche inaugurale des 6 Heures d’Imola allait donner le ton de la campagne 2026 de Toyota. Pour sa 100e course en FIA WEC, le constructeur le plus titré de l’histoire du Championnat remportait un duel serré face à Ferrari grâce, notamment, à sa lecture de la course et à une exécution conjuguées au plus-que-parfait. “Nous avons réussi à gagner plus sur la stratégie et l'exécution que sur la performance pure.”
Les TR010 HYBRID n°7 et 8 n’étaient pas non plus les plus rapides au Mans. Pourtant, c’est bien l’hymne nippon qui a retenti sur le podium le 14 juin dernier au terme des 24 heures les plus éprouvantes de la saison. “Je dirais que c’était la course la plus difficile”, admet David Floury. “Le Mans est une course unique au monde, dure par essence. Il a fallu travailler vraiment fort en équipe pour surmonter les problèmes rencontrés par les deux voitures et les garder dans le match jusqu’à la fin.”
Grâce aux 80 points acquis en Sarthe, la n°7 s’étant imposée et la n°8 terminant 3e, Toyota s’offrait une belle avance de 36 points sur BMW au classement des Constructeurs Hypercar. Cette marge allait être considérablement réduite, à neuf petites unités, à la suite d’une difficile tournée américaine pour Toyota. Lors des Rolex 6 Heures de São Paulo, les leaders au Championnat n’étaient pas dans le rythme (12e et 17e). “On est spectateur, et ce n’est pas une situation agréable”, balaie le Directeur technique de Toyota Racing. “C’était une course frustrante.”
À Austin, les circonstances étaient différentes, mais la conclusion peut-être encore plus décevante. La TR010 HYBRID n°7 de tête, confiée à Nyck de Vries, rendait l’âme, en raison d’une panne hydraulique, dans les dernières minutes. “C'était une belle opportunité de marquer de précieux points, alors c'est évidemment difficile à encaisser”, indiquait Kamui Kobayashi, coéquipier de l’infortuné pilote néerlandais et Team Principal de l’équipe. “Mais c'est l'endurance. Nous devons tirer des leçons de cette expérience.”
David Floury joignait les actes à la parole, l’équipe apportant des correctifs pour combler cette faille. Le Vosgien ajoute par ailleurs que la pénalité infligée à la n°8 à Austin, pour excès de vitesse dans la voie des stands, était due à un problème de logiciel, indépendant des pilotes, et lui aussi corrigé. “Abandonner à 12 minutes de l’arrivée, on peut dire que ce n’est pas de chance ; je l’analyse différemment. Un problème de fiabilité ne doit pas nous arriver. On doit être meilleur que ça.”

La réaction d’orgueil du champion n’en était que plus implacable. Sur ses terres de Fuji, Toyota renouait avec la victoire, pour la première fois depuis 2023, grâce à une parfaite lecture des événements en fin de course. “On n’a pas flanché au moment où il fallait être décisif”, savoure le diplômé de l’ESTACA. “On n’avait pas le niveau pour gagner sur la performance pure. Ça montre la force de l’équipe.”
Enfin à Barcelone, Toyota s’offrait une véritable démonstration de force à laquelle personne, même David Floury, ne s’attendait. De plus, contrairement à certains de ses rivaux, le constructeur japonais n’avait effectué aucun test récent à Montmelo. “En course, on est relativement surpris d’être aussi fort par rapport aux autres. Barcelone est la seule course qu’on a vraiment remportée sur la performance pure. A date, on a gagné 4 courses sur 7, avec des styles différents à chaque fois.”
L’ex-Directeur technique d’ORECA estime que le revêtement abrasif du Circuit de Catalunya-Barcelona sied particulièrement à une Hypercar japonaise si délicate avec ses pneumatiques. “La surface qui s’en rapproche le plus, c’est celle de Bahreïn, où on a remporté les neuf dernières courses. On arrive mieux à gérer la dégradation pneumatique que nos concurrents ; c’est une de nos forces.”
La dégradation pneumatique ne risque pas d’être un facteur significatif sur un circuit aussi rapide que l’Autodromo Nazionale Monza, théâtre de la manche finale du Championnat. Hautes vitesses, étroite piste, dégagements réduits et conditions fraîches : le cocktail s’annonce explosif. Heureusement, Toyota débarque en Lombardie avec l’assurance d’en repartir avec les deux titres mondiaux. “Ça donne un peu d’air et enlève de la pression”, sourit l’ingénieur français.
La deuxième manche transalpine de la saison sera l’occasion pour le constructeur japonais de marquer de la plus belle des manières l’ultime course de Mike Conway. Le pilote anglais de la n°7 a décidé de raccrocher son casque pour de bon. “J’étais présent à Macao, en 2006, quand il a gagné le Grand Prix. Pour la petite histoire, c’était Kamui (Kobayashi) qui avait signé la pole”, se souvient David Floury. Le natif de Bromley est ensuite repéré par Toyota pour ses performances avec l’Oreca 03 n°26 de G-Drive, dans la catégorie LMP2 du FIA WEC, en 2013.
En 2014, Conway est convié à une séance d’essais par le constructeur japonais, qu’il n’a depuis jamais quitté, s’offrant deux victoires au Mans (2021, 2026) et, à date, deux titres mondiaux (2019-20, 2021). David Floury, qui était sur le podium aux côtés de Mike Conway pour sa première victoire (6 Heures de Bahreïn 2014), comme pour sa dernière en date (24 Heures du Mans 2026), gardera le souvenir d’un homme et d’un pilote de grande qualité. “Il est un vrai gentleman, un vrai team player, quelqu’un qu’on a toujours plaisir à côtoyer. C’est une grande fierté d’avoir parcouru tout ce chemin ensemble.”

Après les 6 Heures de Monza, un nouveau chemin s’ouvre devant Toyota Racing, et celui-ci s’annonce particulièrement tortueux. En 2027, le constructeur japonais sera de nouveau l’équipe à battre, de quoi motiver une concurrence toujours plus forte. Après avoir rendu hommage aux concurrents de Toyota cette saison, en particulier BMW M Team WRT - “une équipe de très grande qualité, pour laquelle nous avons un énorme respect” - David Floury mesure l’ampleur du défi qui attend les nouveaux champions du monde.
“Défendre nos titres sera forcément difficile, mais on est impatients de remettre ça l’année prochaine”, promet le Directeur technique de Toyota Racing, impatient d’en découdre avec une catégorie Hypercar renforcée par les arrivées de deux nouveaux constructeurs mythiques, McLaren et Ford. “C’est assez exceptionnel d’avoir un Championnat avec au moins neuf constructeurs engagés en Hypercar, dont des très grands noms appartenant à la légende du Mans. C’est un Championnat de très haut niveau avec des compétiteurs de grande qualité. Après, on est là pour se battre, pour la victoire au Mans et les titres, et on fera tout ce qui est en notre mesure pour y arriver.”
Tout le FIA WEC. Toutes les plus grandes batailles de l'endurance. Regardez le direct et les programmes à la demande sur FIAWEC+, la plateforme de streaming officielle du Championnat du Monde d'Endurance de la FIA. Où que vous soyez et quand vous le souhaitez, y compris les légendaires 24 Heures du Mans. Suivez le FIA WEC en direct avec FIAWEC+.
