La Toyota TR010 HYBRID n°7 a remporté les 24 Heures du Mans, 3e manche du Championnat du Monde d’Endurance de la FIA (FIA WEC). Le géant japonais prend les commandes aux classements Constructeurs et Pilotes. La Corvette Z06 TF Sport n°33 a remporté la course dans la catégorie LMGT3. Ben Keating, Nicky Catsburg et Jonny Edgar ont devancé la Lexus RC F Akkodis ASP n°78.
Quatre ans après, le constructeur le plus titré de l’histoire du Championnat du Monde d’Endurance de la FIA (FIA WEC) renoue avec la gloire et la victoire dans son plus beau jardin. Vainqueur de cinq éditions consécutives des 24 Heures du Mans, entre 2018 et 2022, Toyota a remporté la 94e édition de la classique sarthoise.
Malgré un départ en 14e position, la Toyota TR010 HYBRID n°7 a déroulé son plan de marche avec brio, rappelant à la catégorie Hypercar toute l’expertise du constructeur japonais quand il s’agit de réciter sa partition, quasiment à la perfection, de jour comme de nuit.
Mike Conway, Kamui Kobayashi et Nyck de Vries ont su profiter des circonstances, tout en évitant toute contrariété sur leur chemin, pour entrer dans l’histoire. Le pilote anglais et le Team Principal japonais s’offrent une nouvelle couronne de lauriers après leur victoire en 2021, tandis que l’ex-pilote néerlandais de Formule 1 ouvre son palmarès au Mans.
Parti de la pole position avec la BMW M Hybrid V8 Team WRT n°15, Kevin Magnussen se voyait dépasser, dans la Courbe Dunlop, par la Cadillac V-Series R. Hertz Team JOTA n°12 de Will Stevens ainsi que par la BMW n°20 de René Rast. L’Allemand, co-leader au classement des Pilotes Hypercars avec son coéquipier, Robin Frijns, prenait le meilleur sur son rival britannique dans les Hunaudières. Malgré la férocité des combats en piste, aucun incident n'était à déclarer.
Voyant leurs Toyota n°7 et 8 engluées au cœur du peloton Hypercar, l’équipe japonaise dévoilait son jeu et adoptait une stratégie agressive, rappelant ses deux Hypercars pour un court ravitaillement, bien avant ses rivaux. Relégués aux dernières places, Mike Conway et Sébastien Buemi bénéficiaient alors d’une piste dégagée et remontaient rapidement dans la hiérarchie, notamment car leur premier passage aux stands était relativement court.
Le Suisse se montrait particulièrement rapide avec la Toyota n°8, se payant même le luxe de battre le record du tour établi lors de l’édition 2025 de la classique mancelle. L’Hypercar nippone semblait particulièrement performante sous la chaleur sarthoise (29° dans l’air, 46° en piste hier soir) et dans l’air propre, tout en maîtrisant sa dégradation pneumatique.
Ayant adopté deux stratégies différentes, la BMW n°20 et la Toyota n°8 se livraient un duel à distance, les deux Hypercars s’échangeant la tête de la course au fur et à mesure des arrêts aux stands. Derrière, Cadillac se retrouvait en position de force avec ses trois V-Series R. solidement ancrées dans les places d’honneur.
Pendant ce temps-là, les trois Ferrari 499P, chacune victorieuse dans la Sarthe ces trois dernières années, se rendaient cette édition bien compliquée. Tout d’abord, Antonio Fuoco (n°50) et Alessandro Pier Guidi (n°51) perdaient un temps précieux suite à des incidents en piste avec des LMP2. Par ailleurs, la Ferrari n°83 était sanctionnée d’un drive-through pour une dangereuse sortie des stands.
Tandis que les Cadillac n°38 et BMW n°20 grignotaient une partie de leur retard sur la Toyota n°8 au crépuscule, la catastrophe frappait la BMW n°15. L’Hypercar partie de la pole position tombait à la dernière place des suites d’un contact, au Karting, entre Dries Vanthoor et l’Oreca 07 DKR Engineering n°3.
Alors que la Cadillac n°38, chaussée de pneus Softs, s’envolait en tête, la course basculait peu avant minuit. La sortie de route de la Ferrari 296 Vista AF Corse n°54 de Francesco Castellacci, consécutive à une touchette avec la Ford Mustang Proton Competition n°88 de Giammarco Levorato, nécessitait l’intervention du Safety Car. Ayant profité de la fenêtre de neutralisation pour retrouver les commandes, la Toyota n°8 de Sébastien Buemi imposait son rythme à la reprise.
Malgré ses pneus Medium, et relativement usés, le Suisse affichait un rythme soutenu, repoussant la menace incarnée par Cadillac. Quant à la BMW n°20, dépassée par Stevens et Bamber, René Rast semblait particulièrement en souffrance avec ses pneus Medium usés.
Mais ce n’était qu’un contretemps comparé aux soucis rencontrés par Nicklas Nielsen. Le pilote de la Ferrari n°50 était victime d’un extincteur défectueux, repoussant les vainqueurs de l’édition 2024 des 24 Heures du Mans à huit tours de la tête ! La Toyota n°8 avait beau être performante, son rendement énergétique était inférieur à celui de ses rivaux, qui se retrouvaient dans la même fenêtre stratégique. Quant à la n°7, elle remontait petit à petit dans la hiérarchie.
Logiquement, les Cadillac Hertz Team JOTA prenaient le meilleur sur la n°8. Au cap de la mi-course, les deux premières places se paraient d’or avec la n°12 devant la n°38, les deux V-Series R. ayant opté pour deux stratégies pneumatiques différentes.
Mais les rêves d’un doublé au Mans pour l’alliance américano-britannique partaient en fumée dans la 13e heure de course, Bourdais devant ramener la n°38 au garage pour une grave avarie de direction assistée. La n°38 était contrainte à l’abandon le dimanche matin, alors que la n°12 était leader, devant la Toyota n°8 et la BMW n°20.
Mais un nouvel incident de course allait relancer le suspense. Louis Delétraz était sanctionné d’un drive-through de pénalité pour non-respect d’une Slow Zone, suite à la rupture de suspension de la Genesis GMR-001 Magma Racing n°17 de Mathys Jaubert dans les Esses de la Forêt. Le passage inopiné du Suisse aux stands offrait la tête à Brendon Hartley, mis sous intense pression par Van der Linde !
Entre la Toyota n°8, la BMW n°20 et la Cadillac n°12, une triangulaire des plus folles s’annonçait pour conclure cette 94e édition des 24 Heures du Mans. La V-Series R. (ravitaillement d’urgence, suivi d’un nouvel arrêt) et la TR010 (réparation du frein avant-gauche) perdaient du terrain dans la voie des stands, avant que la course ne soit neutralisée sous régime de Safety Car après l’accident de la Porsche 911 Manthey DK Engineering n°91 à Daytona.
Une troisième Hypercar, la Ferrari n°50, devait jeter l’éponge, Miguel Molina étant victime d’un problème électronique sur sa 499P avant Tertre Rouge. À la reprise des débats, Robin Frijns passait tout proche de la correctionnelle, mordant les graviers à l’entrée des stands. Cette frayeur l’éjectait du podium. De plus, la BMW manquait de performance, par rapport à Cadillac et Toyota, au fur et à mesure que le mercure augmentait. Sans faire de bruit, un nouveau prétendant profitait de ces circonstances pour se porter aux avant-postes: la Toyota n°7.
Revenu dans les échappements de Norman Nato, Brendon Hartley dépossédait la Cadillac n°12 de la tête de la catégorie Hypercar. Et d’une manœuvre somptueuse au freinage de Mulsanne, Nyck de Vries dépassait aussi le Français à la régulière, offrant à Toyota la perspective d’un doublé aux 24 Heures du Mans, à trois heures de l’arrivée.
Le Néerlandais allait même profiter de ces coups de pouce du destin qui font la légende des 24 Heures du Mans, et peuvent consacrer ses vainqueurs. Un Full Course Yellow, consécutif à l’avarie de boîte de vitesses de l’Aston Martin Vantage Heart of Racing n°27, poussait De Vries à un ravitaillement d’urgence. Bien que la Toyota n°7 devait repasser à nouveau aux stands, comme le règlement l’oblige, elle ressortait toujours en tête, car la n°8 devait réduire drastiquement sa vitesse.
Pour son avant-dernier arrêt, la n°8 jouait son va-tout, Toyota semblant décider de conclure les 24 Heures du Mans par un quadruple relais. Ce choix lui permettait de dépasser la BMW n°20 dans les stands mais, alors que la dernière heure débutait, Robin Frijns revenait dans ses échappements. Le Néerlandais trouvait finalement l’ouverture avec autorité dans les virages Porsche mais, en tête, Kamui Kobayashi avait déjà pris la poudre d’escampette.
Le Japonais quittait ses stands pour la dernière fois avec une confortable avance de plus de 20 secondes sur la BMW n°20. Kobayashi gérait ensuite son avance pour boucler son 381e et dernier tour avec un avantage de 10’’913 d’avance sur la BMW n°20 de Robin Frijns, Sheldon van der Linde et René Rast. Sébastien Buemi plaçait la deuxième TR010 HYBRID, la n°8, qu’il partage avec Ryo Hirakawa et Brendon Hartley, sur la troisième marche du podium.
Après avoir longtemps mené la course, la Cadillac n°12 se classait quatrième, devant la Ferrari n°51. L’Alpine n°35 signe le meilleur résultat de l’A424 au Mans avec une belle 6e place, devant les vainqueurs en titre, AF Corse. L’Aston Martin Valkyrie THOR Team n°007, la Cadillac Wayne Taylor Racing n°101 et l’Alpine n°36 complétait le top 10 de la catégorie Hypercar.
Avec 80 nouveaux points dans son escarcelle, Toyota quitte Le Mans avec une large avance de 36 unités sur BMW en tête du Classement des Constructeurs Hypercars. L’équipage de la n°7 prend les commandes du Championnat Pilotes, avec une courte avance de 4 petits points sur René Rast et Robin Frijns.
Dans la catégorie LMP2, l’Oreca 07 Inter Europol Competition n°43 de Tom Dillmann, Jakub Śmiechowski et Nick Yelloly, qui a rejoint le programme Hypercar de Ford Racing, a signé une deuxième victoire consécutive aux 24 Heures du Mans.
Corvette de retour au sommet aux 24 Heures du Mans
En suivant à la lettre un tableau de marche prédéfini, qui consistait à atteindre le plus tôt possible le quota minimum de conduite de son pilote Bronze, la Corvette Z06 TF Sport n°33 a été récompensée de son audace, remportant la catégorie LMGT3 de la manche phare du FIA WEC: les 24 Heures du Mans. Ben Keating, Jonny Edgar et Nicky Catsburg offrent à Corvette et à l’équipe britannique leur premier succès en FIA WEC depuis l’édition 2025 des 1812 km du Qatar.
Le pilote Bronze américain et le Néerlandais retrouvent la première marche du podium au Mans après l’avoir empruntée il y a trois ans, en remportant la catégorie LMGTE Am lors de l’édition du Centenaire, déjà avec la Corvette n°33.
Au départ, le poleman Mattia Drudi tenait en respect le peloton des LMGT3 en conservant sa position de pointe avec l’Aston Martin Vantage Heart of Racing n°27. Mais il ne pouvait être dit autant de François Hériau. Parti deuxième, le pilote Bronze de la Ferrari 296 Vista AF Corse n°21 subissait la loi des pilotes professionnels dans son sillage. S’élançant de la 2e ligne, les Lexus RC F Akkodis ASP n°87 et 78 en profitaient pour chasser la Vantage.
Les équipes adoptant différentes stratégies, notamment en termes de partage des temps de conduite, la hiérarchie du plateau LMGT3 était mouvante et peu lisible. Néanmoins, Lexus et BMW Team WRT se distinguaient d’entrée par leur capacité à réaliser des relais de 11 tours, et non 10 pour leurs rivaux.
Parmi ces derniers, la Porsche 911 The Bend Manthey n°92 voyait s’envoler, dès la deuxième heure de course, ses espoirs d’une troisième victoire d’affilée au Mans. En effet, la voiture leader au Championnat du Monde était contrainte de s’immobiliser, pendant une quinzaine de minutes, pour réparer un problème de direction.
La 911 sœur, la n°91 Manthey DK Engineering, tentait une stratégie décalée pour permettre à Ayhancan Güven de remonter dans la hiérarchie. Le Turc débutait le chassé-croisé avec les Lexus, mais les LMGT3 japonaises poursuivaient leur travail de sape en imposant un rythme soutenu, du crépuscule jusqu’à la nuit tombée.
Pour la catégorie LMGT3, le tournant de la course intervenait peu avant minuit avec l’intervention de la Safety Car, nécessaire pour évacuer la Ferrari n°54 du bac à gravier des Esses de la Forêt. Malheureusement, le timing se révélait désastreux pour la Lexus n°78. À l’inverse, la Corvette n°33 profitait de la situation pour remonter au sommet de la hiérarchie, bien aidée, en ce sens, par le passage aux stands de Ben Keating juste avant la relance. De plus, le pilote Bronze américain atteignait, dès la 11e heure de course, son quota minimal de conduite.
La route vers la victoire s’ouvrait davantage pour la n°33, dans la mesure où certains de ses concurrents - tels l’Aston Martin n°27 et la Lexus n°87 - écopaient de pénalités. Au cap des deux tiers des 24 Heures du Mans, la Corvette n°33 possédait un tour d’avance sur la Lexus n°78. Gray Newell complétait le podium provisoire avec l’Aston Martin n°27.
À 10 heures du matin, ce dimanche, la marge de la Corvette n°33 se réduisait considérablement. En effet, la Safety Car effectuait son retour en piste après le spectaculaire accident d’Ayhancan Güven, victime d’un bris de direction, avec la Porsche n°91, projetée dans le mur de pneus après Daytona. À la reprise, Nicky Catsburg gardait les commandes, mais son avance se comptait désormais en secondes, éliminant toute marge d’erreur pour la Corvette n°33.
Preuve de l’extraordinaire densité de la catégorie LMGT3, Jonny Edgar (Corvette n°33), Jonny Adam (Aston Martin n°23) et Hadrien David (Lexus n°78) n’étaient séparés que de… 10 secondes, lors de la 22e des 24 Heures du Mans. Pour sa troisième course seulement en FIA WEC, le jeune Français affichait tout son talent et s’emparait de la deuxième place aux dépens d’Adam. David signait même, à 22 ans, le meilleur tour en course de la catégorie (3’53’’802).
Mais Edgar se montrait trop régulier et trop rapide dans la dernière heure de course, offrant la victoire à la Corvette n°33, avec un tour d’avance. L’équipe décrochait ainsi son deuxième podium de la saison, après s’être contentée de la médaille d’argent lors de la manche d’ouverture des 6 Heures d’Imola. La Lexus n°78 et l’Aston Martin n°23 complétaient le podium.
La deuxième Lexus, la n°87, devançait la Ferrari n°21 pour le gain de la quatrième place. La Corvette Racing Team Turkey by TF n°34 et la BMW M4 n°32 pointaient aux 6e et 7e rangs. Les trois dernières places du Top 10 revenaient à un trio de Ferrari, la n°150 Richard Mille AF Corse et les n°74 et 57 de Kessel Racing.
Au classement des équipes LMGT3, les 50 points de la victoire ce dimanche permettent à la Corvette n°33 de s’emparer de la première place, avec 32 unités d’avance sur la Ferrari n°21.
Inter Europol Competition signe le doublé
La catégorie LMP2 a vu l’équipage d’Inter Europol Competition décrocher sa troisième victoire en quatre courses, ainsi qu’un deuxième succès consécutif. Tom Dillmann, Nick Yelloly et Jakub Smiechowski ont célébré une victoire épique.
Les résultats complets de la course sont à retrouver ICI.
La quatrième manche de la saison 2026 du Championnat du Monde d'Endurance de la FIA (FIA WEC) se déroulera au Brésil, à l’occasion des Rolex 6 Heures de São Paulo, du vendredi 10 au dimanche 12 juillet.
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